Bien sûr, il y a l'insatisfaction.
J'ai atteint mon objectif au mois de juin. Avec la fin des cours de chant, le bouclage d'un dossier d'Histoire des Arts qui m'avait donné du fil à retordre, le code de la route, le bac et, en fait, la fin de la vie que j'avais menée jusque là. Évidemment, ça a fait un vide.
Et puis juste après le bac, on m'a enlevé les amygdales pour une sombre histoire d'angines à répétition. Si vous êtes déjà passé par là, vous savez que la seule chose que l'on peut manger pendant la cicatrisation, ce sont des glaces. Et au bout de deux jours, la seule idée de manger de la glace me donnait la nausée. Du coup, j'ai perdu presque trois kilos, que j'ai repris ensuite pour revenir au poids de mon objectif.
Mais de m'être vue plus mince, plus maigre, maintenant je me trouve grosse. Je sais bien que c'est un cercle vicieux.
Je suis toujours boulimique. Je contrôle juste un peu mieux. Je ne veux surtout pas regrossir. L'année prochaine, je vivrai seule et ce sera plus simple, je n'aurai rien dans mes placards et pas d'argent à dépenser en nourriture superflue.
L'année prochaine je serai seule, je mangerai ce que je veux. Et je voudrais être légère... Me délivrer de mon obsession de la nourriture. Ne plus m'empiffrer, jamais. Retrouver les 49 kilos d'après mon opération. Être fine, fine. Et avoir le ventre vide. M'envoler. Je veux être un oiseau.
Je veux me délivrer de la nourriture.
